Pourquoi anticiper vos commandes ne sécurise ni la matière ni le prix

Une intuition très partagée, et qui mérite d’être questionnée.

Dans le contexte actuel de tension sur les matières premières, nous entendons régulièrement cette question : « ne devrait-on pas anticiper nos commandes au maximum pour sécuriser la matière et les prix ? ». C’est une intuition très naturelle. Elle est aussi, dans notre métier et dans le contexte actuel, largement inopérante et parfois même contre-productive. Nous vous expliquons pourquoi.

Raison n°1 : La matière a une durée de vie limitée.

Les matières premières utilisées pour la fabrication des PCB ont une durée de conservation qui interdit leur achat trop en amont. Notre règle de fonctionnement est claire : lorsque nous vous livrons vos cartes, la matière avec laquelle elles ont été fabriquées doit, dans l’idéal, avoir moins de six mois. Cette contrainte n’est pas la nôtre : elle correspond à l’usage professionnel qui veut qu’une carte fabriquée soit câblée dans les douze mois qui suivent, avec une marge de six mois pour intégrer votre propre calendrier d’assemblage.

Conséquence directe : même si vous nous passez une commande deux ans à l’avance, nous achèterons la matière au bon moment, quelques semaines avant le lancement de la fabrication. Passer commande plus tôt ne « réserve » rien : ni matière physique, ni prix, ni disponibilité. Et dans le contexte actuel de pénurie, la matière ne se réserve pas non plus chez nos fournisseurs, qui n’ont eux-mêmes aucune visibilité utile au-delà de quelques mois.

Cette règle connaît une seule nuance : sur les matières très spécifiques que nous approvisionnons pour un besoin précis (celles que nous évoquions dans notre précédent article sur les délais), une anticipation peut avoir un intérêt réel, sans que la contrainte « des six mois » ne disparaisse pour autant.

Nos matières courantes, en revanche, sont approvisionnées en continu sur nos consommations globales, qui dépassent de très loin le besoin d’un client sur un projet donné, aussi important soit-il.

Raison n°2 : Sur ce marché, personne ne peut sérieusement engager un prix à un an.

Dans notre logique de travail, ce n’est pas la date de commande qui fixe le prix : c’est la date de la cotation, au moment où le prix a été calculé sur la base des coûts matières alors en vigueur.

Prenons un exemple concret. Si nous recevons aujourd’hui (juillet 2026) une commande fondée sur une cotation calculée en janvier, pour une livraison en mars de l’année suivante, il se sera écoulé près d’un an entre le moment où le prix a été calculé et celui où nous lancerons la fabrication.

En temps normal, sur un marché stable, cet écart est parfaitement gérable (et géré) : c’est même le sens de notre engagement historique d’une cotation valable un an sur les références outillées. Dans le contexte actuel, en revanche, la volatilité est telle que le coût des matières peut avoir doublé ; ou, à l’inverse, être redescendu ; entre la date de la cotation et la date d’achat effectif de la matière. Dans le premier cas, nous portons un écart devenu difficile à absorber. Dans le second, vous auriez payé au prix fort une commande qui, en attendant, aurait pu vous coûter moins cher.

C’est ce qui nous conduit aujourd’hui à adapter ce principe : les cotations calculées en 2026 restent valables comme prévu, mais celles émises avant 2026 doivent, par la force des choses, désormais être actualisées. La politique historique de durée d’engagement d’une cotation pour un an reste un repère auquel nous souhaitons revenir pleinement dès que la situation matières le permettra.

Ce que nous vous recommandons, concrètement.

Ne cherchez pas à sur-anticiper. Continuez à travailler avec nous dossier par dossier, au fil de vos besoins réels et de vos plannings d’assemblage. C’est la méthode la plus saine, la plus juste sur le prix, et la plus fiable sur la matière.

Nikki et moi restons à votre disposition pour faire le point sur vos consultations et vos commandes en cours.

Guillaume